L’interview
Rencontre avec Uderzo, le père d'Astérix
Article : Neuilly Journal
Le 05/02/2010
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Installé à Neuilly depuis 1967, Albert Uderzo, l’un des plus grands dessinateurs au monde nous raconte ses aventures et celles d’Astérix, le plus petit des héros de légende qui vient de fêter ses 50 ans.
Neuilly Journal : pourquoi avoir dessiné toutes ces années des Gaulois alors que vous êtes italien ?
Uderzo : c’est une aventure qui a commencé il y a 50 ans avec René Goscinny. Nous avons choisi le 29 octobre 1959 pour donner naissance à notre personnage parce que c’était la date de la sortie du numéro un du journal Pilote pour qui nous devions faire une nouvelle.
François Clauteaux est venu nous retrouver pour nous exposer son idée de journal pour jeunes français.
À l’époque, la bande dessinée américaine faisait florès. Il fallait donc trouver pour ce journal quelque chose qui soit issue de notre culture.
Les Gaulois se sont imposés comme ce qu’il y a de plus culturel pour nous. C’est ainsi qu’est né Astérix.
NJI : pourquoi avoir fait d’Astérix un héros et non pas Obélix, le préféré des enfants ?
Uderzo : parce que Astérix est né le premier. Obélix ne devait pas exister.
Dans notre esprit, nous voulions faire un anti héros par réaction aux nombreux directeurs de journaux qui nous imposaient de créer des personnages qui se réclamaient de Tintin, très à la mode à l’époque, à juste raison, puisqu’il avait beaucoup de succès.
À partir de ce succès, tous voulaient faire du sous "Tintin". Mais lorsque nous avons pu faire exactement ce que nous voulions faire, nous nous sommes mis d’accord : notre héros, non seulement ne sera pas beau, mais sera plutôt un anti héros, pas forcément intelligent mais malin.
J’avais quand même, moi, l’idée de faire un personnage plutôt grand à l’image de Vercingétorix et des Gaulois.
Goscinny m’a dit: non, non, tu m’en fais un petit. Et comme je suis têtu, j’ai voulu faire à côté, un personnage plus grand. Comme il était là, Goscinny a accepté de le prendre.
Pour l’occuper, nous lui avons fait porter des menhirs.
C’est comme ça qu’Obélix est né. Il avait un rôle mineur qui s’est développé avec le temps puisqu’on s’est rendu compte qu’il pouvait servir la cause d’Astérix à travers cette correspondance entre deux personnages très différents: un petit et malin, l’autre plutôt naïf et fleur bleue.
Aujourd’hui, paraît-il, les enfants préfèrent Obélix. C’est curieux. On était loin de se douter que ce personnage prendrait le pas. Cela dit, il est important, mais sans Astérix il ne peut rien faire parce qu’il n’a pas la carrure de mener une aventure à son terme.
NJI : avez-vous une préférence entre les deux ?
Uderzo :il paraît que je suis resté un grand enfant et comme les enfants j’ai une attirance vers Obélix.
NJI : comment avez-vous vécu la disparition de Goscinny ?
Uderzo : l’après Goscinny a été difficile. Toujours difficile, d’ailleurs. Goscinny était un frère pour moi, on a travaillé 26 années ensemble. Sa disparition m’a complètement bouleversé. Et dans mon esprit, Astérix était parti avec lui. Je ne voulais plus rien faire !
Et puis, j’ai eu en quelque sorte l’aide de courriers importants de la part de nos lecteurs qui sentaient que j’étais en plein désarroi et qui m’encourageaient à continuer. Ils ont insisté sur le fait que le personnage d’Astérix ne m’appartenait pas !
Ils avaient raison, cela m’a encouragé à reprendre les aventures d’Astérix.
Le succès qui est apparu suite à la publication du premier album que j’ai fait tout seul, a été attribué à Goscinny : le plus bel encouragement qu’on pouvait me faire. Et puis, j’ai continué. J’ai fait 9 albums alors que Goscinny en avait fait 24.
Peut-être en ferai-je encore un autre mais ce sera le dernier si j’y arrive. Ce n’est pas triste, tout a une fin.
Et j’espère que d’autres reprendront ce personnage puisque j’en ai donné l’autorisation. J’ai formé de nombreux jeunes qui ont bien voulu me suivre depuis 30 ans. Je les connais, je sais qu’ils peuvent reprendre les choses maintenant, ils sont juste un peu timides parce que je suis encore là. Cela me rassure et rassure surtout l’éditeur.
Rendez-vous dans 15 jours pour découvrir d'autres révélations d'Uderzo.