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Jeudi, 09 Juin 2011 00:00

Neuilly et l’automobile : une belle histoire d'amour

Écrit par  Roger Francey

Si la mémoire collective se souvient de Boulogne, Puteaux, Levallois, Nanterre, Gennevilliers ou Courbevoie, la Ville de Neuilly participa pouratant à la production automobile naissante et de grands noms y furent attachés. Focus.
En 1900, la production automobile mondiale est estimée à 1500 véhicules. Sur ces 1500, 1000 furent fabriquées en France. C'était l'époque de la France pionnière, phénomène qui se retrouvera à la naissance de l'aviation. L'activité se développa en Région Parisienne, dans le Grand Est et le Lyonnais. Outre Paris intra-muros, ce qui devint plus tard les Hauts-de-Seine concentra le principal de l'activité.


Le premier : Ravel ...

Nous avons trouvé la trace de la Société des Automobiles Louis RAVEL qui débuta à Neuilly en 1900 et dont l'activité cessa en 1902. Le seul modèle produit fut un "vis-à-vis" équipé d'un moteur de 3 CV monté sous la banquette et eut un grand succès. Les affaires se portant bien, Louis Ravel déménagea de son hangar rue de Longchamp et installa son usine rue Garnier. Il vendra son affaire avec une bonne plus-value à Edmond Gentil, père des automobiles Alcyon. Il partit ensuite pour Besançon et se concentra sur la conception de moteurs.

... ou peut-être WEHRLÉ

Mentionné dès 1894, à Paris, Wehrlé travailla, en association avec MM Gauthier et Rossel sur des véhicules à vapeur jusqu'en 1896, puis à "pétrole". En 1900, il s'associa à Neuilly au 114, boulevard Bineau, sur l'Ile de la Jatte et avec MM Godard et Desmarest et fabriqua la Mignonette, une voiture 3 CV à 2 places, avec moteur décalé sous la banquette. La production s'arrêta dès 1902.


BOYER

BOYER, débuta à Puteaux en 1898 et vint s'établir à Neuilly en 1901. Il fabriquait des voitures légères où toile et bois servaient à constituer la carrosserie (terme approprié puisque les voitures empruntaient beaucoup à la ligne des carrosses !). Un de ses véhicules le fit devenir célèbre en allant de Paris à Barcelone sans tomber en panne, ce qui était rare pour l'époque. Il reçut une médaille d'or en 1905 pour un démarrage en moins d'une seconde. La dernière voiture de la marque fut présentée au Salon de 1906. Boyer dépendait pour ses moteurs d'autres fabricants (De Dion, Aster, etc. ), c'est peut-être ce qui précipita sa fin.


ALCYON

C'est en 1902 qu'ALCYON débuta sa production au 4-6, boulevard Bourdon, avant de déménager son atelier en 1912 à Courbevoie. L'industriel Edmond Gentil créa à l'origine sa société pour fabriquer des cycles et motocycles dont le slogan était "Légères, Gracieuses et Solides".

En 1905, il franchit le pas et réalisa des petites voitures dotées d'un châssis monobloc. Certaines participèrent, il est vrai sans grand succès, à des compétitions internationales. Réputées pour leur robustesse, les voitures Alcyon monocylindre furent appelées les "vraies voitures des médecins" que ceux-ci pouvaient sans crainte utiliser sur les chemins cahoteux.

En 1911, Alcyon réalisa un plus gros modèle de 3 l de cylindrée. Mais la guerre porta un coup fatal à l'entreprise automobile. Quelques voiturettes équipées de moteurs de moins d'un demi-litre sortirent encore de l'usine de Courbevoie jusqu'en 1928. Cette année marqua le retour aux vélos et motocyclettes, qui furent produits jusqu'après la seconde guerre mondiale. Le premier concept du Vélosolex fut d'ailleurs monté en 1941 sur une bicyclette Alcyon en coopération avec SOLEX, fabricant de carburateurs et petits moteurs, lui aussi à Neuilly (190, avenue Charles de Gaulle), coopération sur laquelle nous reviendrons.


Automobiles GREGOIRE

La société fut fondée en 1902, par MM Louis Soncin fabricant de moteurs et Pierre Joseph Grégoire, ingénieur, qui ne tardèrent pas à se fâcher... Le 17 novembre de la même année, Grégoire devint l'unique propriétaire de l'entreprise. Si la fabrication fut localisée à Poissy, le siège s'implanta à Neuilly, au 5, route de la Révolte, Automobiles Grégoire compta parmi ses clients les célèbres aviateurs Bréguet et Latham et remporta de nombreux trophées.

A cette époque, les clients s'appelaient des « grégoristes » et recevaient un petit journal : "le Grégorien" ! Cependant, par suite d'une mauvaise alliance avec l'industriel Robert Bellanger, elle dut quitter ses bureaux de Neuilly en 1913 et cessa définitivement ses activités en 1920. Elle avait employé à son apogée 1000 personnes.

Nous ne pouvons pas quitter les automobiles Grégoire sans citer au passage Jean-Albert Grégoire, Neveu de Pierre-Joseph, orphelin à 9 ans, polytechnicien, docteur en droit et grand sportif , il fut le brillant ingénieur que beaucoup d'entre-nous ont encore en mémoire. Pionnier de la traction avant, promoteur de l'utilisation de l'aluminium, il participa à la conception de nombreux véhicules (Dyna-Panhard, Hotchkiss-Grégoire). Il est décédé à Neuilly le 19 août 1992 à 93 ans.


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